Affûter un sécateur, et savoir laquelle des deux lames

L’affûtage d’un sécateur ne ressemble à aucun autre. Une seule des deux lames se travaille, et c’est là que tout se joue. Je la passe à la pierre sur sa face extérieure, en suivant le biseau déjà là, deux ou trois fois par saison. Un sécateur émoussé, lui, ne coupe pas moins bien. Il coupe autrement. La tige ne se tranche plus, elle s’écrase entre les deux lames, et la plaie met des semaines à se refermer là où une coupe nette cicatrise en quelques jours.

La Société nationale d’horticulture de France en fait une condition, dans sa fiche sur les rosiers buissons. Elle écrit : « Le sécateur bien affûté pour ne pas blesser les rameaux lors de la taille est presque sans arrêt en action. » Blesser, pas couper. Le mot est choisi.

Un sécateur ouvert vu de dessus, sa lame courbe portant un large biseau clair le long du tranchant, la contre-lame en dessous restant plate et sans fil
La lame et la contre-lame d’un sécateur ouvert. Une seule des deux porte un biseau ; l’autre est plate, et elle le reste.

Première étape, savoir quelle lame s’affûte

Un sécateur classique n’a pas deux lames. Il a une lame et une contre-lame (la pièce plate et large contre laquelle la lame vient appuyer). La première est biseautée et tranche. La seconde ne coupe rien, elle retient la tige pendant que l’autre passe.

Cette contre-lame ne s’affûte pas. Lui donner un fil ne la fait pas mieux couper, ça la fait mordre dans la lame et user les deux. Je l’ai appris en abîmant un sécateur qui marchait très bien avant que j’y touche.

Sur la lame, je ne travaille que la face extérieure, celle qui porte le biseau visible. La face intérieure est plate et doit le rester : c’est elle qui glisse contre la contre-lame. Y passer une pierre creuse un jour entre les deux, et le sécateur laisse alors passer les tiges fines au lieu de les couper.

Le seul geste admis à l’intérieur est d’y coucher la pierre à plat, une fois, pour enlever le morfil.

Quand affûter, les trois signes

La tige s’écrase. Je regarde la coupe sur une branche verte de la grosseur d’un crayon. Si la section est nette et humide, tout va bien. Si le bord est mâché, si l’écorce se décolle d’un côté, la lame ne tranche plus.

Il faut fermer plus fort. Une lame qui coupe travaille avec la main. Une lame émoussée demande le poignet, puis les deux mains sur les branches un peu grosses. La fatigue arrive avant le doute, et c’est pour ça qu’on ne s’en aperçoit pas.

Il faut revenir deux fois. Une tige entamée puis reprise est le signe le plus net, et le plus mauvais pour la plante : la première morsure a déjà écrasé les tissus.

Aucun de ces signes n’est un calendrier. Un sécateur qui taille trois heures par an et un autre qui suit une haie toute la saison n’ont pas le même rythme. Chez moi ça tombe deux ou trois fois, et une fois avant de le ranger pour l’hiver.

Comment affûter un sécateur, étape par étape

L’affûtage d’un sécateur commence par le nettoyage. Une lame couverte de sève sèche ne s’affûte pas, elle encrasse la pierre. Un chiffon, un peu d’huile, et de la laine d’acier fine si la résine a durci.

Ensuite j’ouvre le sécateur en grand et je le tiens fermement, lame vers moi. Ma pierre suit le biseau déjà présent : je ne cherche pas un angle, je retrouve celui de la lame, autour de vingt à vingt-cinq degrés sur la plupart des modèles. Plus ouvert qu’un couteau de cuisine, parce qu’une lame de sécateur travaille en force et qu’un fil trop fin s’y replie au premier bois dur.

Je passe du talon vers la pointe, toujours dans le même sens. La lame est courbe : c’est mon poignet qui tourne, pas la pierre qui glisse droit. Dix passages suffisent quand l’entretien est régulier.

Un grain moyen suffit. Je ne cherche pas un tranchant de rasoir, mais un fil solide, qui passe dans du bois vert sans se coucher. C’est la différence avec un couteau de cuisine, qu’on affine autant qu’on peut.

Puis le morfil à plat sur l’intérieur, une passe, et j’essaie sur une tige verte.

L’usure ne vient pas d’où l’on croit

Ce n’est pas la coupe. C’est ce qui reste dessus après.

La sève sèche colle les lames, force le ressort et retient l’humidité contre l’acier. Un sécateur rangé sale ressort avec un point de rouille au creux du biseau, là où on ne l’enlève qu’en retirant du métal. Trente secondes de chiffon valent mieux qu’un affûtage de plus.

La deuxième cause est le bois trop gros : forcer au-delà du diamètre prévu tord la lame, et une lame voilée ne se rattrape pas à la pierre.

Il y a enfin la propreté, qui ne concerne pas l’outil mais la plante. Bruno Lamberti l’écrit sans détour dans Jardins de France, la revue de la même société : « Pour toutes les opérations de coupe, il faut utiliser des outils propres (sécateur, petite serpette, greffoir) présentant une lame bien affûtée. » Propres et affûtés, dans la même phrase. Une lame nette entre deux sujets malades, et un fil qui tranche au lieu d’écraser, sont deux moitiés du même geste.

Le moment de l’année

Septembre est le bon mois, et pas pour une raison de jardin. L’outil vient de faire sa saison et ne servira plus beaucoup avant la taille d’hiver. Affûté, huilé et rangé propre en septembre, il ressort en février prêt à couper.

J’ai suivi l’ordre inverse pendant des années. Ranger vite en automne, ressortir l’outil en février, le trouver collant, et tailler quand même parce que le temps est là. La lame finit toujours par être affûtée. La question est de savoir si c’est avant ou après les cinquante premières coupes.

Rudi Fassio, webmaster le jour, affûteur le soir. Petit-fils de Battista Fassio, rémouleur ambulant piémontais installé à Lyon en 1953.