Pour changer une lame de scie sauteuse : on débranche la machine, puis on pousse le levier de déverrouillage vers l’avant et l’ancienne lame tombe. On engage la neuve à fond dans la fente, dents tournées vers l’avant, et on relâche le levier. Sur une machine plus ancienne, un demi-tour de clé six pans remplace le levier. Comptez trente secondes une fois qu’on sait où appuyer, et vérifiez toujours en tirant sur la lame avant de rebrancher.
Le changement, geste par geste
Le premier temps n’est pas une formalité, et c’est le seul qui puisse coûter un doigt.
- Couper l’alimentation. Prise débranchée sur une machine filaire, batterie retirée sur une sans fil. Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail en fait une consigne à part entière : « Débrancher l’alimentation électrique avant de faire des réglages ou de changer d’accessoire. » Une scie sauteuse dont la gâchette est bloquée en position de marche redémarre à l’instant où la lame est engagée.
- Libérer l’ancienne lame. Levier ou vis, selon le système, on y revient plus bas. La lame sort d’elle-même, parfois avec un ressort : mieux vaut ne pas avoir la main dessous, une lame de coupe rapide sort chaude et ses dents sont vives.
- Engager la neuve à fond. La queue de la lame remonte dans la fente jusqu’à la butée. C’est le point que l’on bâcle : une lame engagée à moitié tient quelques minutes puis se déchausse en pleine coupe. Elle doit venir buter, pas être posée.
- Vérifier, puis brancher. On relâche le levier ou on serre la vis, et on tire fermement sur la lame à la main. Si elle a le moindre jeu vertical, on recommence. Et la vérification se fait toujours machine débranchée, jamais l’inverse.
Le même organisme ajoute un détail qui n’a rien à voir avec la lame et qui use les machines : « Pour débrancher un outil, tirer sur la fiche et non sur le cordon. » Un cordon tiré cent fois par sa gaine finit par lâcher à la prise.
Les deux systèmes, et comment reconnaître le sien
Il n’y en a que deux, et un coup d’œil sous le corps de la machine suffit.
Le serrage sans outil. Un levier ou une bague, juste au-dessus de la semelle, qu’on pousse ou qu’on tourne d’un quart de tour. Il équipe presque toutes les machines des vingt dernières années. On pousse, la lame tombe, on engage, on relâche. Le mécanisme se grippe avec la sciure : un coup de soufflette de temps en temps évite d’avoir à forcer.
Le serrage à vis. Une ou deux vis à six pans creux sur le porte-lame, à desserrer avec une clé souvent rangée dans un logement de la machine. Plus lent, et plus tolérant : ce système accepte des queues de lame que le serrage rapide refuse.
Côté lames, la même simplicité. La queue en T, avec un ergot en haut, est le standard actuel et va dans presque tout. La queue en U, percée d’un trou, appartient aux machines anciennes à vis. Une lame à queue en T entre dans un serrage à vis, l’inverse n’est pas vrai.

Le sens de la lame, et l’erreur qui se voit tout de suite
Les dents regardent vers l’avant, dans le sens où la machine avance. Le dos plat de la lame vient s’appuyer contre le galet guide, qui se trouve derrière elle.
Monter une lame à l’envers ne casse rien tout de suite. Mais la scie n’avance plus, elle vibre, elle brûle le bois, et le galet marque le tranchant au lieu de porter le dos. On s’en aperçoit en quelques centimètres.
Le galet, justement, mérite un regard pendant que la lame est sortie. C’est lui qui encaisse la poussée, et il s’use. S’il ne tourne plus, ou s’il est creusé en son milieu, la lame partira en biais quoi qu’on fasse.
Quand la lame se change plutôt que de s’entêter
Une lame de scie sauteuse est un consommable. Ses dents sont trempées à cœur ou rapportées, fines et alternées, et il n’existe aucun moyen raisonnable de les reprendre une par une. Ce qu’on fait sur une dent de taille-haie n’a pas d’équivalent ici : la denture est trop petite et trop dure.
L’INRS, dans ses consignes pour les machines à bois, range d’ailleurs l’entretien des lames parmi les gestes de base : « Affûter régulièrement et avoyer les lames, maintenir un bon équilibrage ». Cela vaut pour les lames de scie circulaire et de scie à ruban, qui se reprennent effectivement. Pour la scie sauteuse, la version domestique de cette consigne est plus courte : on remplace.
Trois signes disent que le moment est venu. La coupe fume ou brunit le bois alors qu’on n’appuie pas davantage. La machine tire d’un côté et la coupe s’incurve sans qu’on l’ait voulu. Et surtout, il faut pousser pour avancer, alors qu’une lame saine coupe en étant simplement accompagnée. Comme sur n’importe quel tranchant, la force qu’on ajoute est la mesure du fil qu’on a perdu.
Choisir la lame suivante
Deux critères suffisent pour ne pas se tromper, et ils ne sont presque jamais imprimés sur la machine.
Le pas de denture. Des dents larges et espacées coupent vite et laissent un bord arraché, des dents fines et serrées coupent lentement et laissent un bord net. Pour du bois de charpente, on prend large. Pour un panneau plaqué ou du mélaminé, on prend fin, et si possible une lame à denture inversée : ses dents coupent en descendant, et n’éclatent pas la face visible.
La matière. Une lame à bois n’entame pas l’acier, une lame à métaux passe dans le bois mais s’y encrasse et chauffe. Il n’y a pas de lame universelle, il y a des lames qui font deux choses correctement et rien de très bien. Le même choix se prolonge sur une machine fixe : la lame, la matière et la vitesse de coupe d’une scie à ruban se règlent ensemble.
Chez moi elles vivent dans une pochette à l’intérieur du coffret, triées par denture, parce que j’ai passé assez de temps à les reconnaître au toucher dans un tiroir. C’est trois minutes de rangement pour cinq ans de tranquillité.
