Nettoyer un couteau suisse sans rien démonter

Pour nettoyer un couteau suisse, on l’ouvre entièrement et on le passe sous l’eau chaude savonneuse en manœuvrant chaque lame plusieurs fois dans l’eau, puis on brosse les rainures à la brosse à dents souple. On rince, on sèche outils ouverts pendant plusieurs heures, et on pose une goutte d’huile fine sur chaque articulation avant de refermer. Dix minutes en tout, dont neuf de séchage, et c’est ce séchage qui décide de l’état du couteau dans cinq ans.

L’entretien courant, en quatre temps

La marche à suivre tient en quatre étapes, et la dernière est celle qu’on saute. On ouvre tous les outils en même temps, en éventail, ce que le couteau accepte très bien. On le plonge dans de l’eau chaude avec une goutte de liquide vaisselle, et on ouvre et referme chaque lame plusieurs fois dans l’eau : c’est ce mouvement qui sort ce qui s’est logé dans les charnières, pas le trempage.

Une brosse à dents souple passe ensuite dans les rainures des plaquettes et le long des ressorts. Rinçage à l’eau claire, abondant, parce que du savon qui reste dans une articulation la rend collante en séchant.

Puis le séchage, et c’est la seule étape qu’on rate. On secoue le couteau, on l’essuie, et on le laisse outils ouverts, à plat, plusieurs heures. Un couteau suisse refermé humide garde de l’eau entre les lames et les entretoises, à l’endroit exact où on ne peut ni la voir ni l’essuyer.

Un couteau de poche multi-outils à plaquettes rouges lisses, ouvert en éventail sur une pierre sombre : grande lame, petite lame, tire-bouchon, scie, ouvre-boîte et décapsuleur déployés, avec une brosse souple, un compte-gouttes et quelques gouttes d’eau à côté
Tous les outils ouverts : c’est la position du nettoyage, et c’est surtout celle du séchage.

Comment nettoyer un couteau suisse bloqué ou collant

Un couteau qui s’ouvre mal n’est presque jamais usé. Il est plein de quelque chose : sève, sucre, poussière collée à un reste d’huile, sable fin.

Le trempage prolongé règle l’essentiel. Un quart d’heure dans de l’eau très chaude savonneuse, en actionnant les outils toutes les cinq minutes, décolle des choses qu’aucune brosse n’atteint. Pour du sucré ou de la sève, l’eau chaude seule fait déjà le travail : ce sont des dépôts solubles.

Ce qu’il ne faut pas faire, c’est attaquer au dégrippant en aérosol. Ces produits sont fabriqués pour chasser l’humidité et pour dissoudre, pas pour lubrifier durablement : ils partent en quelques semaines et emportent au passage l’huile qui restait. On se retrouve avec un couteau plus sec qu’avant.

Le démontage n’est pas la solution. Les plaquettes se déclipsent, les rivets non : l’ensemble est assemblé pour ne pas se démonter, et une articulation ouverte de force ne se referme pas au même serrage. J’ai un modèle qui grinçait depuis deux ans dans un tiroir. Trempage, brossage, une goutte d’huile, et il ne grince plus. Il n’avait rien.

Huiler les axes, une goutte et à quel endroit

L’huile va sur les axes, c’est-à-dire à la jonction entre chaque outil et les plaquettes, là où la lame pivote. Une goutte, outil à demi ouvert pour que l’axe soit dégagé, puis on actionne dix fois et on essuie tout ce qui a débordé.

Le fabricant vend une huile dédiée pour ses multi-outils, et c’est la réponse simple. À défaut, une huile fine alimentaire convient pour un couteau qui touche à la nourriture, une huile de machine à coudre pour un couteau qui n’y touche pas. Ce qu’on évite : les huiles végétales de cuisine ordinaires, qui polymérisent en séchant et laissent un vernis poisseux au bout de quelques mois.

Une fois par an suffit pour un couteau de poche qui sert tous les jours. Après chaque nettoyage complet, en revanche, c’est obligatoire : l’eau chaude savonneuse a emporté ce qui restait.

Le lave-vaisselle, et pourquoi le fabricant lui-même dit non

C’est la question qui revient, et la réponse ne vient pas de moi. Victorinox, sur sa propre page d’entretien, l’écrit pour ses couteaux de cuisine : « Même si les couteaux Victorinox équipés de manches synthétiques sont résistants au lave-vaisselle, nous vous recommandons de les laver à la main pour protéger la lame et le manche. »

Résistant ne veut donc pas dire recommandé, et le fabricant le dit sur les couteaux les plus simples de sa gamme, ceux qui n’ont ni ressort ni articulation. Un couteau suisse en a une dizaine, plus des entretoises, plus une pince à épiler et un cure-dents dans leurs logements. Le sel régénérant et les détergents libèrent des chlorures, la chaleur accélère tout, et le programme de séchage n’atteint jamais l’intérieur d’une charnière fermée.

Le résultat n’est pas spectaculaire, c’est ce qui le rend traître : des points de rouille sur les ressorts, un jour, et une articulation qui a pris du jeu.

Les parties qu’on oublie d’entretenir

Le tire-bouchon. Sa spirale garde des résidus de vin séché, qui collent. Un passage sous l’eau chaude en le faisant tourner entre deux doigts, et un coup de brosse dans le pas de vis.

La scie et les dents de l’ouvre-boîte. Le creux entre deux dents ne se sèche pas d’un coup de chiffon. C’est le premier endroit où la rouille apparaît sur un couteau rangé humide.

Les logements de la pince et du cure-dents. On les retire, on les nettoie séparément, on sèche le logement avec un coin d’essuie-tout roulé. Ils reviennent en place ensuite.

Et la lame principale, qu’on nettoie sans jamais l’aiguiser au même moment. Un fil se reprend sur une pierre, à sec et posément ; il ne se rattrape pas d’un coup de fusil au-dessus d’un évier, où l’on tient mal l’angle et où l’on ne sent pas le morfil venir.

Rudi Fassio, webmaster le jour, affûteur le soir. Petit-fils de Battista Fassio, rémouleur ambulant piémontais installé à Lyon en 1953.